mercredi 29 octobre 2008

Quantum of Solace : la critique

Allez dire à James Bond que la vengeance est un plat qui se mange froid ! On l'avait quitté alors qu'il venait de mettre la main sur un homme impliqué dans la mort de Vesper, sa maîtresse dans Casino Royale. Ce précédent opus était aussi une première pour Daniel Craig dans le costard de l'espion. Moins d'une heure après, l'agent secret de sa majesté roule à toute berzingue, poursuivi par un détachement de voitures et autant de mitrailleuses. Avide de retrouver les responsables de la mort de sa belle, il est loin d'imaginer la complexité de l'organisation qu'il s'apprête à affronter. Sur le chemin de la rédemption, il croise celui de Dominic Greene, grand manitou d'une ONG environnementale qui fraie avec les grands dirigeants mondiaux sous couvert de sa mainmise sur les ressources naturelles.

Si vous espériez obtenir toutes les réponses aux questions laissées en suspens dans Casino Royale, c'est peine perdue. Après une heure quarante et des broutilles de film, il devient clair que les scénaristes n'envisagent pas vraiment de mettre leur personnage au placard. A la manière de la saga de Jason Bourne (La mémoire dans la peau et ses suites), il a, à sa manière, largement redéfini les standards du film d'action-espionnage moderne. Le film se dévoile comme l'épisode de transition d'un scénario plus ample. Plus déboussolé qu'il ne le laissait paraître à la fin du précédent, James Bond laisse éclater sa rage, par l'entremise d'un Daniel Craig marmoréen, mais au fond dépassé par sa fonction de double zéro. Mathieu Amalric qui endosse celui du méchant lui ressemble : calme en surface, il cache quant à lui un grain de folie révélé tardivement. Lourdement garni en explosions, Quantum of Solace, -référence au réconfort que cherche Bond en pourchassant Quantum, l'organisation de Greene- perd un peu en profondeur.

L'effet de surprise en moins, la deuxième mission d'un Daniel Craig toujours impeccable, gagne en action et perd un peu en profondeur. Qu'on se rassure : la quête de vérité de ce James Bond nouveau genre est loin d'être terminée.


Jonathan Blanchet

(c) photographiques : Sony Pictures
Paru dans Sortir du 29/10/08

mercredi 22 octobre 2008

Mesrine - L'instinct de mort : la critique


2 novembre 1979 : Jacques Mesrine est abattu par la police, Porte de Clignancourt à Paris. De l'exécution manu militari du criminel à ses premiers casses, il s'est passé vingt ans. Rentrant d'Algérie, le jeune Mesrine ne tarde pas à couper les ponts avec la société bien-pensante et une famille qu'il méprise. C'est le début d'une série de forfaits à l'issue souvent dramatique. De ses premiers braquages aux évasions rocambolesques, en passant par des exécutions sommaires, le bonhomme s'est forgé une image de salaud implacable tout en s'élevant en mythe du grand banditisme français. Cette existence controversée, librement inspirée de l'autobiographie du truand, Thomas Langmann, producteur insatiable, l'a voulu en deux films, passionné par l'homme depuis l'adolescence.

Un sujet à polémique est évidemment délicat. « Nul ne peut prétendre restituer toute la vie d'un homme » prévient le film. Derrière la caméra, Jean-François Richet (Ma 6-T va cracker) impose son regard et tant pis pour les détracteurs. Son casting y est riche et éclectique. Vincent Cassel n'a pas seulement récupéré l'embonpoint de son modèle, mais réussit à détailler intimement un homme nerveux, brutal et imprévisible. Dans sa débâcle sans fin, Mesrine a croisé la route de Jeanne, celle qui deviendra sa compagne dans les mauvais coups comme dans la vie. Cécile de France en prend les traits, méconnaissable elle aussi. Richet fait de cette dualité le sel de son film. Son Mesrine y est abject et fanfaron, en proie au doute comme coupable des pires atrocités. Une fois le portrait esquissé, la « carrière » du gangster s'enchaîne à la hâte sans détailler ses convictions et vraiment prendre le temps de se poser sur les gueules qui croisent son chemin. Espérons que le deuxième volet nous en apprendra plus.

Ni autobiographie, ni portrait horrifiant jusqu'au bout des ongles, ce Mesrine joue sur les deux tableaux. Beau parleur et intraitable, Vincent Cassel habite superbement le malfrat. Pourtant, la succession brutale des scènes empêche les caractères de s'épanouir.


Jonathan Blanchet

(c) photographiques : Pathé
(publié dans Sortir, numéro du 22 octobre 2008)

mercredi 8 octobre 2008

La loi et l'ordre : la critique

Deux flics sur le seuil de la retraite reprennent du service quand des criminels passés au travers de l'appareil judiciaire sont retrouvés assassinés. Problème, ils sont censés avoir envoyé le meurtrier derrière les barreaux des années auparavant. Deux détectives fraîchement débarqués flairent le mauvais coup et soupçonnent un membre des forces de l'ordre. Dans le rôle des vieux briscards, on retrouve Robert de Niro et Al Pacino. Dans l'idée, deux monstres sacrés partageant l'affiche d'un thriller a, a priori, de quoi affoler le sens critique du cinéphile. C'est garanti et étalé sur toute la largeur de l'affiche : ils se donnent la réplique pour bien plus qu'une poignée de minutes. Mais devant la caméra, ils auraient dû y réfléchir à deux fois avant d'accepter l'affaire.

L'argument marketing soigneusement élaboré, quoi de plus accommodant que de ressasser les rôles qui ont jadis fait la gloire des deux interprètes ? Jon Avnet - qui avait déjà entrainé Pacino dans 88 Minutes - suit comme un gosse les archétypes qui ont marqué sa jeunesse, pour ne ranger le duo qu'au rang de faire-valoir, histoire de mieux remorquer un scénario monté à revers. Le récit, jamais avare de clichés et de lourdeurs visuelles, a de quoi déboussoler les deux vétérans qui ont parfois du mal à suivre. Jusqu'à une scène finale exploitant la nostalgie du mythe, qui nous fait prendre conscience que les années passent, bien vite. Même si la complicité s'avère bien présente : manquait un récit digne de ce nom pour faire revivre deux légendes désormais abonnées aux comédies et films de seconde zone. Aux dernières nouvelles, Robert de Niro pourrait bien enfiler sa casquette de réalisateur et inviter son pote Pacino sur un coin de pellicule. Dont acte.

À grands renforts de clichés, Jon Avnet flingue par avidité la carrière de deux acteurs qu'on ne présente plus. Trop d'effets tue l'effet.

Jonathan Blanchet
(c) photographiques : Metropolitan Film Export
Paru dans le numéro de Sortir du 08/10/08

De Niro - Pacino : "On a encore des choses à faire ensemble !"

Deux flics plongés dans une enquête inextricable à New-York. Du sur mesure pour Al Pacino et Robert de Niro, qui partagent l'affiche de La loi et l'ordre, en salles cette semaine. Le second déjà engagé, le réalisateur Jon Avnet n'a eu qu'a rappeler le premier, qu'il avait déjà dirigé sur le thriller 88 Minutes. Quoi qu'on en dise, cela reste un sacré tour de force.



Sortir :
Jon Avnet, en choisissant ces deux hommes, vous étiez saviez que derrière eux, il y avait des rôles très forts ?

Jon Avnet : Je pense que c'est intéressant de voir Bob et Al jouer des détectives à New-York, une ville personnage à part entière. Qui d'autre aurait pu mieux le faire : à New York et dans un film noir ? Le film permet de plonger dans ce lien amical qui rassemble les deux acteurs. Un seul regard de Bob ou de Al exprime énormément.

Sortir : Qu'est ce que cela fait de se retrouver à nouveau ensemble, à partager plus qu'une tasse de café comme dans Heat ?

Robert de Niro : C'est très agréable et très confortable de travailler avec Al. On sort d'abord tous les deux de l'actor studio (association prestigieuse d'art dramatique New Yorkaise, NDLR). Cette rencontre était totalement inattendue.

Al Pacino : Et on essayera de le refaire ! Ce n'est pas facile comme on a des emplois du temps très serrés. Il y a eu peu de fois où on était à deux doigts de faire quelque chose ensemble.
Robert de Niro : (acquiescant) On a encore beaucoup à apprendre l'un l'autre.

Sortir : Qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans l'intrigue du film ?

Jon Avnet : Le crime du début est assez terrible. Dans les yeux des personnages de Bob et Al, on comprend le monde tel qu'ils le perçoivent. On ne peut pas rester de glace face à deux hommes complices et pourtant différents : l'un qui vit tout intérieurement et l'autre qui bouillonne en surface. Ce qui rend les serial killers interressants, c'est ce qui les rend incompréhensibles. Quand ils sont découverts, la plupart des gens disent qu'ils étaient des mecs sympas, qu'ils avaient un travail, des amis. Ce sont eux, les meilleurs acteurs du monde!

Sortir : Les années 70, c'était la bonne époque ? Désormais, le cinéma n'offre plus des Scarface ou des Raging Bull ?

Al Pacino : Je pense que vous réagissez face à la période dans laquelle vous vivez. En 70, il y avait une sorte d'explosion des films sociaux, de gangsters. C'est arrivé quand nous étions jeunes tous deux et ce fut vraiment une chance. Les choses changent. Partout, il y a des films merveilleux et peut-être qu'avec le recul, on pourra mieux juger la période d'aujourd'hui. Dans les années 70, on faisait juste des films, on ne se posait pas la question de l'impact qu'ils pouvaient avoir.

Sortir : On retrouve désormais Robert de Niro dans des rôles plus légers. Al, êtes vous tenté par l'autodérision et la comédie ?

Al Pacino : Avant on essayait de trouver d'autres rôles à Hollywood. Aujourd'hui, on ne le fait plus. Pas parce qu'on ne peut pas le faire mais parce que le public veut nous voir dans un rôle bien précis. Ce qu'on veut vraiment faire, c'est trouver un rôle qui permet clairement de s'exprimer sur le personnage que l'on joue. C'est pour cela qu'un acteur aime s'exercer sur des films indépendants.On ne veut pas se répéter, même si cela arrive parfois. Ce qu'on veut vraiment faire, c'est trouver un rôle qui nous permette d'exprimer ce qu'on ressent vis à vis du rôle. C'est ce qui nous donne envie de continuer.

Sortir : Pourquoi ne pas forcer le destin et réaliser vous-même le film qui vous réunira à nouveau ?

Robert de Niro : Michael et Kirk Douglas ont toujours voulu faire quelque chose ensemble et ils n'ont jamais vraiment réussi. On a commencé à en parler avant Heat et cinq ans sont passés. On ne va pas attendre aussi longtemps pour vraiment essayer de le faire.

Propos recueillis par Jonathan Blanchet

Paru dans Sortir du 08/10/08