mercredi 21 octobre 2009

Le ruban blanc : la critique

Ce fut l’une des surprises du dernier Festival de Cannes : de par son sujet (un décryptage des origines de l’extrémisme dans un village apparemment sans histoires) et par la palme qui en résulta ensuite. La polémique passée, il reste que le film possède d’indéniables qualités. Avec justement des commérages, dans une Allemagne rurale à l’aube du premier conflit mondial.

En 1914, des évènements troublants agitent un petit village allemand. Le jeune instituteur de l’époque raconte. D’abord, le médecin du village fait une chute de cheval. Bien vite, on s’aperçoit que cela n’a rien d’un concours de circonstances : quelques mois plus tard, s’ensuivent une série d’actes malveillants. Le fils d’un notable est retrouvé molesté par les enfants du village avant qu’un garçonnet handicapé ne fasse les frais de sa différence. Le ruban blanc du titre, c’est le symbole d’innocence et de pureté qu’on noue dans le film au poignet des enfants pour qu’ils se repentent de leurs fautes. Des enfants au visage angélique mais à l’œil pernicieux que Haneke semble sortir du Village des Damnés où un groupe de blondinets venus d’ailleurs semait le trouble dans une petite ville. Si l’enfant est coupable de cruauté envers les siens, l’adulte n’en sort pas grandi. Infidèle, violent, rigide, il pousse sa progéniture à respecter une morale très stricte. Et si une éducation réactionnaire, impitoyable, pouvait conduire aux pires excès ? Le cinéaste ne donne pas le coupable au spectateur mais conclut son œuvre sur l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, qui déclencha le premier conflit mondial. Une causalité qui dérange mais dont la maîtrise filmique, inventive et dénouée de voyeurisme, force le respect.

Et si une éducation rude et puritaine avait conduit l’Allemagne vers l’extrémisme ? Une métaphore effrayante d'inventivité, servie par la froideur de sa photographie en noir et blanc.
Jonathan Blanchet - Sortir n°849 (semaine du 21/10/09)

mercredi 7 octobre 2009

Dujardin, cow-boy fringant

Dujardin, cow-boy fringant

Il aura au moins fallu soixante-quinze albums pour que Lucky Luke se lance d'un galop ferme et décidé à l'assaut du grand écran. La tentative de Terrence Hill dans les années quatre vingt-dix et l'épisode des Daltons par Eric et Ramzy sont loin derrière. On remet les compteurs à zéro et c'est Jean Dujardin qui chausse les santiags. Un choix qui le vaut bien, rapport à la classe et la nonchalance du personnage. Derrière la caméra, on retrouve James Huth, le gaillard qui avait déjà dirigé « Loulou » dans Brice de Nice. Entre le blond peroxydé imbu de lui-même et le garant des libertés de l'Ouest, on ne joue pas du même calibre. Dujardin devra donc abandonner ses vannes fétiches le temps d'un film. Même si Bruno Salomone, compagnon des "Nous C nous" se colle le rôle du cheval en prêtant sa voix au fidèle Jolly Jumper. Sur le papier, l'aventure semble prétexte à dérouler le tapis rouge aux mines patibulaires de l'Ouest qui écument les albums depuis 1946 : Jesse James, Billy the Kid, Calamity Jane... Manquent les daltons mais les producteurs l'ont bien compris : mieux vaut ne pas griller toutes ses cartouches d'un coup. Sortie le 21 octobre.
Photo : UGC

J.Blanchet -100% Vosges


mercredi 30 septembre 2009

Thirst, ceci est mon sang : la critique

Sa trilogie sur la vengeance achevée, Park Chan Wook revient avec une histoire de vampire très attendue. Sang-hyun, jeune prêtre respecté et respectable se porte volontaire pour expérimenter un vaccin en Afrique. L'effet est dévastateur. Comme tous les autres cobayes, l’homme d’église est laissé pour mort. Mais une mystérieuse transfusion sanguine le ramène à la vie. Sang-hyun retourne alors dans son village natal et retrouve une amie d'enfance qui ne le laisse pas indifférent. Il se découvre de nouveaux besoins que sa morale réprime. Incapable de résister à ses pulsions, il est consumé par le doute.

Le cinéma de Park Chan Wook, c’est souvent l’affaire d’un savant mélange éthéré, brutal et insolite. Thirst n'est pas à la hauteur de la fresque horrifique auquelle on pouvait s'attendre. Devant la richesse de son sujet, le réalisateur a du mal à canaliser ses idées. A la croisée de la violence de Old Boy et du bucolisme de Je suis un Cyborg, Thirst démarre pourtant sous les meilleures auspices. Poétique, érotique et sanglant, la première heure s’attarde sur le jeu dangereux du prêtre à crocs et de sa victime, pas si innocente. La densité des personnages pose la question du célibat des prêtres et des pulsions susceptibles de les assaillir comme de simples hommes. Malheureusement, sans pour autant creuser plus loin dans la transgression. Incapable d'équilibrer son récit, le cinéaste coréen déroute dans le dernier tiers de l'histoire, devenue trop extravagante. La vraie nature du prêtre à peine dévoilée au grand jour, le récit sombre dans la farce sanguinolente, jusqu’à en devenir agaçante.

Jonathan Blanchet pour Sortir

mercredi 19 août 2009

Rencontre avec un prophète

Révélation du Festival de Cannes 2009, Tahar Rahim campe dans Un prophète de Jacques Audiard, un détenu parti de rien. Illettré, méprisé, il va se construire derrière les barreaux et gagner la confiance de prisonniers corses pour mieux les doubler. Exceptionnel.

Sortir : Vous foulez les marches de Cannes pour la première fois et c'est un succès. Comment avez-vous vécu ce moment ?
Tahar Rahim : Mes potes n'arrêtaient pas de me dire d'aller à Cannes les autres années pour me vendre, mais moi ce n'était pas mon monde. D'y aller cette année avec un Audiard, cétait un rêve, j'étais sur orbite. C'est un peu comme si on était entré dans une autre dimension ! Dans ma tête, c'était le bonheur. Je n'ai rien compris à ce qui s'est passé après la projection, toute cette grande salle pleine à craquer qui témoigne son bonheur, c'était incroyable.

Sortir : Comment s'est passée votre rencontre avec Jacques Audiard ?
T.R : La première fois que j'ai vu Jacques, c'était sur le tournage de la série La commune (diffusé sur Canal Plus, NDLR) avec Philippe Tribois. C'était un ami à lui et il est passé le voir sur le plateau. En revenant du tournage, on s'est retrouvé par hasard dans la même voiture. Je savais plus où j'étais ! Depuis Sur mes lèvres, je n'avais qu'une envie, c'était de travailler avec ce mec. J'ai fait sept-huit essais sur trois mois pour Un prophète avant de décrocher le rôle.

Sortir : La complexité et l'ambiguïté du personnage ne vous ont-elles pas effrayé à la lecture du scénario ?
T.R : J'ai commencé à flipper pendant le tournage. C'était un gros truc, il fallait assurer. Au début, je bloquais beaucoup, j'avais du mal à faire péter le cadenas. On a parlé avec Jacques : du personnage, du film, de tout. J'ai commencé à me détendre.

Sortir : Comment avez vous préparé ce rôle particulier ?
T.R : J'ai étudié plein de films, de documentaires et je me suis rendu compte qu'il ne fallait pas du tout passer par là. Parce que Malik entre en prison et ne connait rien, il fallait que ce soit mon cas. Je devais arriver vierge du personnage. Je me suis fais passer pour un SDF dans Paris. C'est une société parallèle : le premier te propose un verre, le deuxième te regarde violemment comme quelqu'un qui empiète sur son territoire. Le soir, je suis allé au cinéma pour voir la réaction des spectateurs. Pour eux, tu n' existes pas.


Sortir : Quel genre de metteur en scène était Audiard sur le tournage ?
T.R : Avec Jacques, il y a toujours cette contrainte de direction, mais il y a de l'espace, il vous laisse improviser, habiter le personnage du moment qu'on garde le sens de la scène. C'est difficile mais jouissif.

Sortir : Quand votre personnage entre en prison, le spectateur ne connait rien de sa vie d'avant. Avez-vous été aiguillé sur son passé ou avez-vous dû en imaginer un pour justifier ses actes ?

T.R : Sur papier, le passé du personnage n'existait pas. Le réalisateur a certainement son idée, j'ai eu la mienne mais je l'ai abandonnée. Se dire que c'est un sans-abri donne un éventail énorme de possibilités et suffisait pour le rôle. Il a fallu que je crois complètement au personnage, et à un moment, ça en devient perturbant. Sorti du tournage, je n'avais pas conscience de cette situation d'enfermement. J'étais limite agoraphobe, je ne supportais pas la foule, je ne pouvais pas boire un verre avec des potes ! J'ai mis deux mois à me défaire du personnage.

Sortir : A Cannes, Audiard a présenté ce film comme le parcours d'« un garçon qui doit tout à la prison » en précisant qu'il ne pensait « pas que ce soit un cas isolé »...
T.R : Je n'ai pas envie de dire que la prison apporte aux gens, c'est vraiment un endroit horrible. Mais ça peut les changer, ils font un choix de vie. J'ai connu un mec qui avait fait de la taule. La peur d'y retourner l'a poussé à construire quelque chose. Il ne parle pas beaucoup avec les autres et a du mal à se fondre dans un groupe. D'autres en sortent et y retournent. J'en connais même qui sont mieux là-bas. Dehors, les mecs sont perdus, n'ont pas de vie sociale. Alors qu'en prison, il y a des codes. Ils se sentent exister.


Sortir : Le titre du film reste très énigmatique. Un prophète, mais de quoi ?
T.R : Jacques voulait jouer sur l'ironie. Il n'y a pas de dimension messianique, je n'y vois rien de religieux. Le titre annonce un nouveau type de criminel, qui s'est construit en partant de rien.

Sortir : A l'intérieur, La commune, Un Prophète : jusqu'ici vous ne versez pas franchement dans la comédie...
T.R : Je ne me sens pas encore prêt à faire rire les gens au cinéma, c'est très difficile. Mais j'imagine ce métier comme un pays à découvrir, je n'en suis encore qu'au début. J'ai toujours aimé le cinéma de genre : je pense qu'il permet de rendre crédible une autre réalité. Et c'est vrai que les personnages sombres m'attirent même si je n'ai aucun point commun avec eux. Ils sont complexes et intéressants. Et visiblement, ces rôles me correspondent puisque j'ai passé beaucoup d'essais et ce sont les seuls pour lesquels j'ai été retenu.

Sortir : Comptez-vous renouveler l'expérience du théâtre ("Libres sont les papillons") ?
T.R : Je ne suis pas encore tombé sur quelque chose qui me fait vibrer. Quand je joue une pièce, il faut que j'y mette toutes mes tripes. La scène m'impressionne plus que la caméra.

Sortir : Vous êtes-vous déjà remis au travail ?

T.R : Avec le réalisateur de Tahar, l'étudiant (docu-fiction dont il est le héros, NDLR), Cyril Mennegun, nous bossons sur une idée de film autour de la schizophrénie. Le personnage principal est libre mais s'enferme tout seul au fur et à mesure. Il n'est pas question d'effets spéciaux, mais de parler des malades qu'on ne voit pas, de ceux que l'on n'interne pas, et qui sont rejetés de partout. J'aime explorer des personnages différents. J'aime explorer l'humain.

Propos recueillis par Jonathan Blanchet. Photo : Charlotte Clidi

jeudi 23 juillet 2009

Brüno : la critique

On se souvient de Borat, ce journaliste kazakh antisémite et misogyne qui sillonnait les Etats-Unis pour y prendre des exemples de savoir vivre pour le compte de son pays. Dans le costume du mariole se cachait l'acteur Sacha Baron Cohen, réputé pour coller au plus près de ses personnages dans toutes les situations, même lorsqu'il fait la promotion de ses films à l'étranger. L'intrigue, prétexte à déployer de nombreuses caméras cachées, dénonçait derrière l'humour gras, un racisme parfois bien marqué dans l'Amérique profonde. Cette fois, il troque la moustache pour le string et la démarche chaloupée d'un présentateur gay autrichien fashionista jusqu'au bout des ongles.


Brüno, c'est le nom de son personnage, écume les Fashion weeks du monde entier pour son show télé (fictif, évidemment) jusqu'à ce qu'une gaffe de trop le déclare persona non grata aux yeux du gotha de la mode. Il décide alors de partir pour Los Angeles afin d'y trouver les contacts nécessaires pour devenir « la première célébrité autrichienne gay depuis Schwarzenegger ». Même recette et même principe de ce qui faisait le sel de Borat. L'humoriste a désormais dans sa ligne de mire l'homophobie et le star system hollywoodien. L'effet de surprise est passé, se renouveler paraît difficile mais il faut croire qu'impossible ne veut pas dire Brüno. Petit florilège d'une farce pas si innocente. On passe ici d'une réunion au sommet organisée entre israéliens et palestiniens avec Brüno comme médiateur (!) à ce casting où une mère de famille accepte le plus sérieusement du monde de déguiser son jeune enfant en nazi pour une séance photo ! La liste est longue et il serait criminel de la gâcher. Inévitablement, certains tiqueront, Brüno tape sans surprise largement en dessous de la ceinture. La force de Brüno vient de l'audace de son auteur qui campe ses personnages sans jamais se dérider dans les situations les plus improbables. La société n'en sortira pas grandie, la prise de conscience de ses dérives est, elle, bien réelle.

Borat en mettait déjà plein la vue, Brüno a définitivement fait tomber les limites du politiquement correct. Un humour déconcertant à ne pas mettre devant tous les yeux.


Jonathan Blanchet

Paru sur Sortir.eu



vendredi 19 juin 2009

Transformers - La revanche : la critique

Comme chaque année, été rime avec blockbuster copieusement garni en effets spéciaux. Fidèle au poste, Michael Bay (Armageddon, Pearl Harbor) ouvre le bal avec un deuxième volet de Transformers, où des robots géants s'en mettent plein la tronche pendant deux heures. Inspiré de jouets nippons, un premier passage sur grand écran en 2007 avait ravi les amateurs qui n'attendaient que ça devant l'évolution constante des effets visuels. Pour ceux qui auraient raté le début, il y a les bons Transformers et les mauvais, respectivement nommés Autobots et Decepticons. Les premiers se sont promis de faire régner la justice et de stopper les seconds, avides de destruction. Il y a deux ans, les Decepticons étaient défaits grâce à l'aide un adolescent un peu looser sur les bords et qui finissait, - c'est la magie hollywoodienne -, à sortir avec la fille de ses rêves. Merci pour lui. Cette fois, Sam Witwicky (Shia LaBeouf) part à la Fac découvrir les joies des cours en amphi et des soirées étudiantes. Mais les ennuis ne sont jamais bien loin...

Il fallait bien un prétexte pour relancer la machine. Comme prévu, le scénario ne casse pas des briques, mais à l'image c'est tout le contraire. Ça explose de partout et Bay exploite ce plaisir coupable jusqu'à plus soif. Le réal' en roue libre dépasse les limites du déjà vu en matière d'effets spéciaux. Bonne nouvelle, la caméra n'a plus la bougeotte et si les ralentis sont toujours (trop) présents, elle prend enfin le temps de se poser. Les amateurs seront ravis d'admirer des mastodontes tout de métal vêtus se dérouiller dans des décors dantesques. A l'image de la dernière scène de bravoure, qui dépasse la demi-heure au beau milieu des pyramides d'Égypte. Ce n'est pas du cinéma, c'est un manège à sensations. Attachez vos ceintures.

Transformers 2 met la barre plus haut mais ne change pas la recette. Un maximum d'effets spéciaux et tant pis pour le scénario. Vous voilà prévenus.

Jonathan Blanchet / Sortir

mercredi 27 mai 2009

Looking for Eric : la critique

Ce n'est pas la première fois qu'un footballeur investit le terrain du cinéma. Il y eut Ginola, plus récemment Zidane et son fameux « portrait du 21ème siècle » filmé par une nuée de caméras... L'an dernier, déjà présenté à Cannes, Maradona foulait le tapis rouge pour le film de Kusturica. Mais cette fois, le héros du film n’est pas celui qu’on croit. Le Eric du titre, c’est bien sûr Eric Cantona, footballeur. Mais c'est aussi Eric Bishop, père de famille divorcé qui élève seul ses deux fils . Il se morfond dans son quotidien de postier. A moins qu’il ne retrouve le frisson des victoires de son idole, Eric Cantona. Se remémorant les succès du « King Eric » et tirant un peu trop sur les pétards de son fils, il s’imagine reprendre goût à la vie avec lui.


La force du film de Ken Loach, moins politique que dans ses précédents films, c'est cet intérêt pour le parcours d'un postier de banlieue, au bout du rouleau qui se rêve dans les succès de son idole. Il évite ainsi de tomber dans la biographie à la brosse à reluire. Et il y a Cantona, qui apparaît comme un sauveur, au bon moment et qui sait s'effacer à temps. Il s’oublie dans la deuxième partie du film, même si son nom n'est jamais loin. Et joue admirablement la carte de l’autodérision. Les amateurs retrouveront avec plaisir les fameux aphorismes qui forgèrent l'image du footballeur au sang chaud... Et même quelques trouvailles du réalisateur anglais. « Celui qui anticipe tous les dangers ne prendra jamais la mer » déclame Cantona dans un élan inspiré. Looking for Eric, une catharsis pour Eric le postier, la renaissance d’Eric le footballeur, devenu acteur. Après tout, n'est-il pas un homme mais Cantona ? Une palme manquée pour Ken Loach et son acteur, formidable Steve Evets.



Jonathan Blanchet / Sortir

mercredi 20 mai 2009

Vengeance : la critique

Le rocker préféré des français métamorphosé en tueur à gages devant la caméra d’un célèbre cinéaste hongkongais ? Pourquoi pas se dit-on à l’ouverture de la projection. Le chanteur, que l’on n’avait pas vu au cinéma depuis Jean-Philippe, campe un cuisinier reconverti en tueur après le meurtre de sa famille. Flanqué d’un trio de tueurs chinois qu’il a engagé pour retrouver les coupables, il sème les balles et les corps derrière lui jusqu’à atteindre l’homme qui a commandité l’assassinat. Mais Costello a une faille : une balle logée dans son crâne avance inexorablement et menace à chaque instant de lui faire perdre la mémoire…


Du sang, de la poudre et des duels mano a mano au soleil couchant. Voilà la marque du cinéma de Johnnie To qu’il transcende dans Vengeance. Voulu comme un libre remake du Samouraï de Jean-Pierre Melville, To a fait de son film un véritable western des temps modernes. Ca flingue en pleine éclipse de lune, les vautours survolent un champ de bataille encore fumant, les bottes de foin roulant dans la poussière sont remplacées par des blocs de déchets, derrière lesquels se planquent les assaillants dans une scène apocalyptique... Mais il y a un hic qui fait désordre : le défaut majeur du film c’est l’interprète, censé le porter par son charisme. Johnny, figé dans l’ambre d’une pose photographique, le regard acéré débite des syllabes au compte goutte et sans conviction. Conséquence, les répliques se veulent déjà cultes mais tombent à plat. Dommage, le film ne manquait pas de bonnes idées.

Entre deux eaux, Vengeance est sauvé du naufrage par la mise en scène picturale de Johnnie To, mais plombé par les expressions minérales de Johnny.
Jonathan Blanchet / Sortir

mercredi 6 mai 2009

Star Trek : la critique

Lost in space

Star Trek
Film américain de J.J Abrams avec Chris Pine, Zachary Quinto, Eric Bana Durée 2h08

Au cours d'une mission, l'un des fleurons de la Starfleet est détruit par un vaisseau inconnu, l'équipage ne devant sa survie qu'au sang-froid de son capitaine. Vingt ans plus tard, James Tiberius Kirk, fils de ce dernier écume les bars de la Terre... jusqu'à ce qu'il finisse par intégrer à son tour la Starfleet. À l'issue de sa formation, il se frotte à un certain Spock, un officier mi-homme, mi-vulcain, qui ne tolère guère les insubordinations du jeune homme. Les deux devront pourtant mettre de côté leurs différences et s'unir contre une menace imminente : un vaisseau hostile, coupable de la destruction de nombreux appareils de la Starfleet.


C'est en substance le message de la franchise Star Trek, moins connue en France que sa rivale Star Wars. Et pourtant. La série, créée en 1966 ne compte plus ses dérivés et vient de passer la barre des onze adaptations cinéma. Aux commandes du joujou sur grand écran, J.J Abrams, nabab de la fiction TV en créateur respecté des séries Lost ou Alias. Peu avant le tournage, il avait confessé n'avoir jamais été un grand admirateur de Star Trek. C'est donc à un vaste space opera à la Star Wars qu'il fallait s'attendre. Seulement Star Trek onzième du nom donc, ne tient pas la comparaison. C'est beau, certes, mais prévisible. Visuellement, la mise en scène ne permet pas de retrouver le frisson d'une bataille spatiale sous tension : la caméra agitée d'Abrams ne suffit pas à transporter le spectateur. Le salut, s'il en est, vient de l'histoire. Une pirouette scénaristique plus loin, Abrams réussit à inscrire son film dans la continuité des précédents. Voilà qui risque de faire débat dans la communauté des trekkies (comme se surnomment les fans de la série) mais qui ne décrédibilise pas le film pour autant. Bien moins en tout cas bqu’un humour potache en décalage avec l’univers. On peut avoir de grandes oreilles et rester sérieux.

Jonathan Blanchet

Originale, l’intrigue de ce nouveau Star Trek devrait contenter les fans et peut-être même quelques néophytes. Mais la caméra d’Abrams semble bien perdue dans l’immensité de la galaxie.

Paru dans Sortir n°830 du 6 mai 2009

samedi 18 avril 2009

Coco avant Chanel : la critique

Chanel n°2. Après le téléfilm avec Shirley MacLane et avant le film de Jan Kounen où la créatrice retorse contera fleurette au compositeur russe Stravinski, voici Coco avant Chanel par Anne Fontaine et avec Audrey Tautou. Un portrait particulier, consacré à la naissance de la vocation de la jeune femme. Quand elle quitte le beuglant où elle se produisait pour vivre au crochet d’un noble, Etienne Balsan. Partagée entre son protecteur et son premier amour,Boy Capel, Chanel l’ambitieuse saura tirer parti des deux hommes pour se faire un nom en société. Une situation qui va finalement révéler son génie créatif.

De ce fait, Anne Fontaine, qui a fait du triangle amoureux une marque presque indissociable de sa mise en scène, ne pouvait que s’intéresser aux années déterminantes dans la vie de Gabrielle Chanel, alias Coco. Délibérément, elle scrute la psychologie du personnage et s'y tient pendant près de deux heures. Une entorse bienvenue à la mode des biopics cantonnés bien souvent à la success story raccoleuse. Malgré le gigantisme d'un projet à l'américaine, Anne Fontaine ne fait pas d'infidélités à sa filmographie. Coco avant Chanel est un film sobre, profond et dépouillé de tout artifice. Pour incarner la créatrice, Audrey Tautou, sapée à la garçonne, cigarette au coin des lèvres, semble bien déterminée à casser son image de femme fragile, le jeu sec en plus. Pourtant, elle ne parvient pas à s’imposer. A l’image, ce sont les hommes qui volent la vedette aux femmes, à LA femme. Alessandro Nivola, le premier amour, énigmatique et magnétique. Mais surtout Benoît Poelvoorde, génial dandy cabotin, tour à tour émouvant et électron libre. Où sont les femmes ? « Ma vie, c’est le drame de la femme seule » disait Chanel.


Icône de la mode à la mode, le portrait de Chanel adapté par Anne Fontaine séduit par l’approche psychologique de la réalisatrice. Mais Audrey Tautou peine à s’imposer devant l’ampleur des rôles masculins.

Jonathan Blanchet
Paru dans Sortir n°828 du 22 avril 2009.
(c) photographiques : Warner Bros.

mardi 7 avril 2009

Isabelle Huppert : " A l'écran, mon personnage ne m'appartient plus "

Dans Villa Amalia, Isabelle Huppert incarne une femme en perte de repères qui quitte tout pour recommencer ailleurs. Un rôle où le jeu n'est pas perceptible, tant les correspondances avec sa vie d'actrice sont troublantes. L'occasion de mieux cerner celle qui présidera au 62ème festival de Cannes.

Sortir : Dans Villa Amalia, vous incarnez à nouveau une pianiste ?

Isabelle Huppert : C'est différent. Dans La pianiste, c'est l'idée qu'un sentiment amoureux ne pourra jamais égaler la perfection de la musique. Dans Villa Amalia, elle se sépare de sa vie matérielle, se retrouve comme au bord d'un gouffre. C'est la fuite ou la mort. Elle veut fabriquer sa propre vie. Elle ne trouve pas la réponse en elle, mais dans le monde autour. Le point commun entre les deux films, c'est la musique, c'est l'expression ultime de l'émotion.

Sortir : Et vous, quels points communs avez-vous avec vos personnages ?
I.Huppert : Des personnages sont plus extériorisés que moi, d'autres tiennent plus de l'expression d'un fantasme, d'une intimité. Ils ne sont pas tout à fait comparables. Ceux qui tiennent plus de la confession trouvent une raisonnance des uns avec les autres. Je me sens proche de ce personnage car son expression est proche de moi. L'écart entre ce que je suis et ce qu'elle exprime est extrêment mince. C'est possible dans les films qui tournent de manière extrêmement complète autour de soi, qui s'enroulent autour du personnage.

Sortir : Le personnage cherche à « éteindre sa vie d'avant». C'est aussi, au fond, une manière d'appréhender un rôle ?

I. Huppert : On peut souvent prendre les grands rôles comme des métaphores de la condition de l'actrice. Souvent elle change de nom, de visage... Le film raconte bien cette dimension constitutive de la nature humaine, qui consiste souvent à rêver d'un ailleurs. On supporte la vie, parce qu'on a un ailleurs. En tant que comédienne, on peut aussi vouloir sortir de certains rôles. Il y a une sorte de correspondance entre le mouvement du personnage et le mouvement de l'actrice. Mais quand je joue un rôle, c'est pour m'en débarasser. Dès que le personnage apparaît à l'écran, il ne m'appartient plus.

Sortir : C'est aussi pour cela que vous êtes à l'aise avec des personnages un peu « torturés » ?
I. Huppert : Partant de ce principe mécanique, je suis à l'aise avec n'importe quel personnage.

Sortir : Mettre en scène, c'est quelque chose qui vous attire ?
I. Huppert : Pas du tout, et en même temps, on me le demande tout le temps ! Diriger, c' est vraiment un changement de statut, c'est passer de l'enfance à l'âge adulte. Quand on est acteur, on est quand même dans un espace qui n'a rien à voir.

Sortir : C'est pourtant un peu ce que vous devrez faire à Cannes...
I. Huppert : J'ai déjà été jury à Cannes. A ce propos, je suis en train de lire le livre de Gilles Jacob (La vie passera comme un rêve, Robert Laffont). Mais je ne dirai pas ce qu'il faut faire. Chacun sa méthode.

Propos recueillis pour Sortir par Jonathan Blanchet
(c) photographiques : Europacorp

Villa Amalia : la critique

Anne ou Elianne, elle ne sait plus qui elle est. La cinquantaine, elle déboule dans la rue, comme un animal apeuré. Son mari la trompe, c’est fini. Ce soir là, par hasard, elle rencontre Georges, une veille connaissance. Un catalyseur qui la bouleverse au plus au point. Du jour au lendemain, elle plaque tout, prenant bien soin de faire disparaître tous les recoins de son existence. Même sa carrière florissante de pianiste. Mais pour qui, pour quoi ?

Fragile, diaphane, Isabelle Huppert saisit son personnage sur le vif. Une interprétation réglée comme du papier à musique. D’emblée, la mise en scène et la partition musicale (écrite par Bruno Coulais avant le tournage) entretiennent l’atmosphère pesante, vécue par l’héroïne. Un personnage qu’elle veut mettre en avant, au milieu de toutes ces femmes qu’elle a incarnées, « la plus proche de ses expressions ». Ce personnage, elle l’a interprété « avec facilité » dit-elle. Benoît Jacquot, qui fait tourner l’actrice pour la cinquième fois ne voyait personne d’autre pour le rôle. « Sinon, le film ne se serait pas fait ». Le duo explore toute la dualité du personnage, dans ses réactions infantiles et ses sautes d’humeur, avec complicité. Le film, adaptation d’un roman de Pascal Quignard, porte la marque de Benoît Jacquot, ses séquences courtes et coupées brutalement, ses caméras subjectives… qui déroutent mais passionnent. Comment dirige t-on Isabelle Huppert après cinq films ensemble ? « On ne la dirige pas. La direction d’acteur, c’est un artifice » lâche Jacquot. La comédienne, qui présidera au 62ème festival de Cannes en mai l’avoue comme une évidence : « si je joue, c’est pour mieux me séparer d’un personnage ». Un rôle authentique… jusqu’au prochain.

Isabelle Huppert retrouve Benoît Jacquot dans un drame qui embrasse toutes les émotions. Son personnage déroute. Experte en la matière, l’actrice, elle, captive.

Jonathan Blanchet
(c) photographiques : Europacorp

lundi 6 avril 2009

Fast & Furious 4 : la critique

Amoureux des voitures dopées et relookées flashy, ce film est pour vous. Si les deux précédents volets avaient déçu les amateurs, celui là risque tout bonnement de plaire aux aficionados. Et pour cause : Vin Diesel, héros du premier opus remonte en selle après avoir tâté le terrain à la toute fin du précédent, délocalisé à Tokyo. Il revient donc, Dom Torreto, le trafiquant en cavale qui se retrouve « forcé » (faut pas pousser, on ne nous la fait plus) de sortir du garage et retrouve pour l'occasion son pote flic, le beau-gosse Brian O'Conner (Paul Walker, pour les intimes).


On veut donc revenir aux fondamentaux et on nous ressert tout le casting original. En clair, si vous n'avez pas vu les deux et trois, ce n'est pas bien grave, côté scénario, c'est comme si c'était hier. De toute façon, la recette reste la même : des voitures, des filles et des mâles débordant de testostérone. Plus une sombre histoire de vengeance que l'on laisse découvrir aux plus mordus d'entre vous. Sur le bitume, rien de nouveau, à part peut-être les voitures elles-mêmes. La réalisation du film tient toujours du clip à rallonge, et à trop vouloir en faire, les scènes d'action ne tiennent même plus la route (voir la scène du camion-citerne qui se trouve dans la bande-annonce). Vin Diesel n'a rien perdu de sa verve machiste dont les « répliques » pleuvent toutes les millisecondes. La preuve lors d'un dialogue qui oppose notre tête brûlée à une conquête potentielle. « Et toi, tu préfères les filles ou ta voiture ? ». Réponse du caïd : « J'aime toutes les carrosseries ». Mouais...

Macho, musclé et bien véhiculé, Fast & Furious ne change pas ses habitudes. A fuir, sauf si vous vous retrouvez dans au moins une de ces trois catégories.


Jonathan Blanchet
(c) photographiques : Universal

mercredi 1 avril 2009

Monstres contre Aliens : la critique

C’est le grand jour pour Susan qui va épouser Derek, vedette d’une émission météo. C’est aussi le moment qu’a choisi une météorite pour s’écraser sur la Terre, à un cheveu de la jeune mariée. Les effets secondaires ne se font pas attendre. Devenue gigantesque, elle est capturée par une section spéciale de l’armée. Sa spécialité ? Conserver dans sa base secrète des « monstres » à l’abri des regards. Ceux là ne sont pas bien méchants, mais un peu frappés quand même. Susan n’a pas vraiment le temps de se poser des questions sur ses nouveaux amis, des extra-terrestres vont bientôt envahir les Etats-Unis (sic !). Le président n’a qu’une solution : envoyer la dream team de monstres à la rescousse !

D’abord truculent, Monstres contre Aliens revient aux fondamentaux des studios Dreamworks (les papas de Shrek). Les hommages et clins d’oeils plairont aux plus grands sans pénaliser le jeune public. Cette fois, ce sont les serials d’épouvante et les blockbusters qui sont passés à la moulinette. Mais passé les présentations, l’action monopolise l’écran. Un prétexte pour en mettre plein les mirettes. Après Disney et son Volt, c’est au tour de l’écurie adverse de penser son film pour la 3D. C’est la grande fierté du studio qui compte utiliser le procédé pour chacun de ses futurs long-métrages. Si votre salle accepte les précieuses lunettes, vous êtes vernis. Sinon, il faudra vous contenter d’une diffusion en technicolor. Mais rassurez-vous : le manège géant, ce n’est pas encore pour tout de suite. Pas de quoi sauter au plafond devant un monstre qui tente désespérément d’opérer une razzia sur vos pops corns. Après tout, ce n’est (que) du cinéma.

Quand les extra-terrestres attaquent pour la énième fois les Etats-Unis, c’est dans un film d’animation qui récupère habilement tous les clichés du genre. Malheureusement la mécanique s’essouffle au profit d’une action prétexte à utiliser la 3D.

Jonathan Blanchet
(c) photographiques : Dreamworks/Paramount
(Paru dans le Sortir n°826 du 1er avril 09)

mercredi 25 mars 2009

La première étoile : la critique

Jean-Gabriel, père de famille de quatre enfants écume les petits boulots à Créteil. De son côté, sa femme s'épuise en ménages de nuit. Mais à peine sa journée terminée, Jean Gab' dilapide l'argent gagné au PMU du coin. Alors forcément, quand il propose sur un coup de tête, un séjour au ski pour en mettre plein les yeux à ses enfants dépités, des claques se perdent. Seul point noir : aux yeux de son épouse, une promesse est une promesse. S'il ne la tient pas, elle pliera bagage. Jean-Gabriel va devoir casser la tirelire...


Pour son premier film, Lucien Jean-Baptiste joue sur les stéréotypes noirs/blancs. Mais il s'en défend, il a voulu rendre ce film « universel, en bousculant tous ces clichés ». On n'échappera pas aux jeux de mots inévitables : Les bronzés font du ski, « pistes noires »... Tout y passe ! Oui, mais mieux vaut se dépêcher de les sortir pour passer à autre chose. Outre l'ostracisme, le réalisateur qui parle à 200% de souvenirs qu'il a vécus (et il y en a des situations cocasses), s'attache à décrire le quotidien d'une famille qui ne roule pas sur l'or mais a les yeux remplis de rêves. Une pellicule pleine de bons sentiments, mais qui touchera sans doute par la sincérité du jeu de Firmine Richard et l'universalité du propos, comme Bienvenue chez les ch'tis en son temps. Hasard troublant, les deux films ont été primés à une année de différence au respecté festival de la comédie de l'Alpes-d'Huez. La première étoile a même eu droit à deux récompenses. Comme le film de Dany Boon, il risque de partager ses spectateurs.

S'inspirant de son propre vécu, Lucien Jean-Baptiste signe une comédie dramatique prompte à rassembler les spectateurs, puisqu'une histoire comme ça, « ça vous parle ». Si ce n'est pas le cas, la justesse du jeu de Firmine Richard fera quand même pencher la balance...

Jonathan Blanchet

(c) photographiques : Mars Distribution

mercredi 4 février 2009

Volt : la critique

Volt est un super-chien. Le fleuron de la CIA canine. Avec sa jeune coéquipière Penny, il déjoue les plus grands complots interplanétaires avec ses super-pouvoirs. Vision laser, vitesse de l'éclair et aboiement à tout déboulonner sur son passage. Mais Volt, coqueluche des animaux de tous poils ignore qu'il vit à Hollywood et qu'il est la vedette d'un sitcom à succès. Quand un épisode met en scène le kidnapping de Penny, il s'échappe du studio pour la récupérer.



C'est une surprise. Ce n'est évidemment pas la première incursion de Disney dans l'animation en images de synthèse, mais c'est sa réalisation la plus aboutie qui ne soit pas directement labellisée Pixar (Wall•E). Evidemment, question originalité, il y a mieux : ce n'est pas la première fois qu'on nous fait le coup du héros en quête d'identité. Un poil arrogant, le chien s'aperçoit n'avoir aucune emprise sur ce monde qu'il ne connait pas. Un coup à sa virilité plus tard, il ne va pas se débiner pour autant, flanqué de deux acolytes typés (le chat blasé et le rongeur farfelu) dans la plus pure tradition « disneyienne ». Les plus jeunes vont forcément se prendre d'affection pour cette boule de poils à qui rien ne résiste... Ou presque. Cerise sur le gâteau, le film est projeté en 3D dans certaines salles. Des images impeccables, même si la scène d'ouverture, concentré de films d'actions de haute voltige, prend toute sa dimension pour peu que votre salle autorise les fameux binocles. On en oublierait presque la traditionnelle chanson fidèle à tous les Disney qui manque ici d'un peu de peps ... Ou peut-être a t-on trop vieilli ?

Sympathique virée animée avec acolytes à poils qui le sont tout autant. Les tout-petits risquent d'avoir malgré tout du mal à comprendre les retournements de situation successifs. Petit plus : certaines salles projettent le film en 3D, lunettes comprises.

Jonathan Blanchet

(c) photographiques : Disney
Paru dans le le numéro de Sortir du 04/02/09