samedi 18 avril 2009

Coco avant Chanel : la critique

Chanel n°2. Après le téléfilm avec Shirley MacLane et avant le film de Jan Kounen où la créatrice retorse contera fleurette au compositeur russe Stravinski, voici Coco avant Chanel par Anne Fontaine et avec Audrey Tautou. Un portrait particulier, consacré à la naissance de la vocation de la jeune femme. Quand elle quitte le beuglant où elle se produisait pour vivre au crochet d’un noble, Etienne Balsan. Partagée entre son protecteur et son premier amour,Boy Capel, Chanel l’ambitieuse saura tirer parti des deux hommes pour se faire un nom en société. Une situation qui va finalement révéler son génie créatif.

De ce fait, Anne Fontaine, qui a fait du triangle amoureux une marque presque indissociable de sa mise en scène, ne pouvait que s’intéresser aux années déterminantes dans la vie de Gabrielle Chanel, alias Coco. Délibérément, elle scrute la psychologie du personnage et s'y tient pendant près de deux heures. Une entorse bienvenue à la mode des biopics cantonnés bien souvent à la success story raccoleuse. Malgré le gigantisme d'un projet à l'américaine, Anne Fontaine ne fait pas d'infidélités à sa filmographie. Coco avant Chanel est un film sobre, profond et dépouillé de tout artifice. Pour incarner la créatrice, Audrey Tautou, sapée à la garçonne, cigarette au coin des lèvres, semble bien déterminée à casser son image de femme fragile, le jeu sec en plus. Pourtant, elle ne parvient pas à s’imposer. A l’image, ce sont les hommes qui volent la vedette aux femmes, à LA femme. Alessandro Nivola, le premier amour, énigmatique et magnétique. Mais surtout Benoît Poelvoorde, génial dandy cabotin, tour à tour émouvant et électron libre. Où sont les femmes ? « Ma vie, c’est le drame de la femme seule » disait Chanel.


Icône de la mode à la mode, le portrait de Chanel adapté par Anne Fontaine séduit par l’approche psychologique de la réalisatrice. Mais Audrey Tautou peine à s’imposer devant l’ampleur des rôles masculins.

Jonathan Blanchet
Paru dans Sortir n°828 du 22 avril 2009.
(c) photographiques : Warner Bros.

mardi 7 avril 2009

Isabelle Huppert : " A l'écran, mon personnage ne m'appartient plus "

Dans Villa Amalia, Isabelle Huppert incarne une femme en perte de repères qui quitte tout pour recommencer ailleurs. Un rôle où le jeu n'est pas perceptible, tant les correspondances avec sa vie d'actrice sont troublantes. L'occasion de mieux cerner celle qui présidera au 62ème festival de Cannes.

Sortir : Dans Villa Amalia, vous incarnez à nouveau une pianiste ?

Isabelle Huppert : C'est différent. Dans La pianiste, c'est l'idée qu'un sentiment amoureux ne pourra jamais égaler la perfection de la musique. Dans Villa Amalia, elle se sépare de sa vie matérielle, se retrouve comme au bord d'un gouffre. C'est la fuite ou la mort. Elle veut fabriquer sa propre vie. Elle ne trouve pas la réponse en elle, mais dans le monde autour. Le point commun entre les deux films, c'est la musique, c'est l'expression ultime de l'émotion.

Sortir : Et vous, quels points communs avez-vous avec vos personnages ?
I.Huppert : Des personnages sont plus extériorisés que moi, d'autres tiennent plus de l'expression d'un fantasme, d'une intimité. Ils ne sont pas tout à fait comparables. Ceux qui tiennent plus de la confession trouvent une raisonnance des uns avec les autres. Je me sens proche de ce personnage car son expression est proche de moi. L'écart entre ce que je suis et ce qu'elle exprime est extrêment mince. C'est possible dans les films qui tournent de manière extrêmement complète autour de soi, qui s'enroulent autour du personnage.

Sortir : Le personnage cherche à « éteindre sa vie d'avant». C'est aussi, au fond, une manière d'appréhender un rôle ?

I. Huppert : On peut souvent prendre les grands rôles comme des métaphores de la condition de l'actrice. Souvent elle change de nom, de visage... Le film raconte bien cette dimension constitutive de la nature humaine, qui consiste souvent à rêver d'un ailleurs. On supporte la vie, parce qu'on a un ailleurs. En tant que comédienne, on peut aussi vouloir sortir de certains rôles. Il y a une sorte de correspondance entre le mouvement du personnage et le mouvement de l'actrice. Mais quand je joue un rôle, c'est pour m'en débarasser. Dès que le personnage apparaît à l'écran, il ne m'appartient plus.

Sortir : C'est aussi pour cela que vous êtes à l'aise avec des personnages un peu « torturés » ?
I. Huppert : Partant de ce principe mécanique, je suis à l'aise avec n'importe quel personnage.

Sortir : Mettre en scène, c'est quelque chose qui vous attire ?
I. Huppert : Pas du tout, et en même temps, on me le demande tout le temps ! Diriger, c' est vraiment un changement de statut, c'est passer de l'enfance à l'âge adulte. Quand on est acteur, on est quand même dans un espace qui n'a rien à voir.

Sortir : C'est pourtant un peu ce que vous devrez faire à Cannes...
I. Huppert : J'ai déjà été jury à Cannes. A ce propos, je suis en train de lire le livre de Gilles Jacob (La vie passera comme un rêve, Robert Laffont). Mais je ne dirai pas ce qu'il faut faire. Chacun sa méthode.

Propos recueillis pour Sortir par Jonathan Blanchet
(c) photographiques : Europacorp

Villa Amalia : la critique

Anne ou Elianne, elle ne sait plus qui elle est. La cinquantaine, elle déboule dans la rue, comme un animal apeuré. Son mari la trompe, c’est fini. Ce soir là, par hasard, elle rencontre Georges, une veille connaissance. Un catalyseur qui la bouleverse au plus au point. Du jour au lendemain, elle plaque tout, prenant bien soin de faire disparaître tous les recoins de son existence. Même sa carrière florissante de pianiste. Mais pour qui, pour quoi ?

Fragile, diaphane, Isabelle Huppert saisit son personnage sur le vif. Une interprétation réglée comme du papier à musique. D’emblée, la mise en scène et la partition musicale (écrite par Bruno Coulais avant le tournage) entretiennent l’atmosphère pesante, vécue par l’héroïne. Un personnage qu’elle veut mettre en avant, au milieu de toutes ces femmes qu’elle a incarnées, « la plus proche de ses expressions ». Ce personnage, elle l’a interprété « avec facilité » dit-elle. Benoît Jacquot, qui fait tourner l’actrice pour la cinquième fois ne voyait personne d’autre pour le rôle. « Sinon, le film ne se serait pas fait ». Le duo explore toute la dualité du personnage, dans ses réactions infantiles et ses sautes d’humeur, avec complicité. Le film, adaptation d’un roman de Pascal Quignard, porte la marque de Benoît Jacquot, ses séquences courtes et coupées brutalement, ses caméras subjectives… qui déroutent mais passionnent. Comment dirige t-on Isabelle Huppert après cinq films ensemble ? « On ne la dirige pas. La direction d’acteur, c’est un artifice » lâche Jacquot. La comédienne, qui présidera au 62ème festival de Cannes en mai l’avoue comme une évidence : « si je joue, c’est pour mieux me séparer d’un personnage ». Un rôle authentique… jusqu’au prochain.

Isabelle Huppert retrouve Benoît Jacquot dans un drame qui embrasse toutes les émotions. Son personnage déroute. Experte en la matière, l’actrice, elle, captive.

Jonathan Blanchet
(c) photographiques : Europacorp

lundi 6 avril 2009

Fast & Furious 4 : la critique

Amoureux des voitures dopées et relookées flashy, ce film est pour vous. Si les deux précédents volets avaient déçu les amateurs, celui là risque tout bonnement de plaire aux aficionados. Et pour cause : Vin Diesel, héros du premier opus remonte en selle après avoir tâté le terrain à la toute fin du précédent, délocalisé à Tokyo. Il revient donc, Dom Torreto, le trafiquant en cavale qui se retrouve « forcé » (faut pas pousser, on ne nous la fait plus) de sortir du garage et retrouve pour l'occasion son pote flic, le beau-gosse Brian O'Conner (Paul Walker, pour les intimes).


On veut donc revenir aux fondamentaux et on nous ressert tout le casting original. En clair, si vous n'avez pas vu les deux et trois, ce n'est pas bien grave, côté scénario, c'est comme si c'était hier. De toute façon, la recette reste la même : des voitures, des filles et des mâles débordant de testostérone. Plus une sombre histoire de vengeance que l'on laisse découvrir aux plus mordus d'entre vous. Sur le bitume, rien de nouveau, à part peut-être les voitures elles-mêmes. La réalisation du film tient toujours du clip à rallonge, et à trop vouloir en faire, les scènes d'action ne tiennent même plus la route (voir la scène du camion-citerne qui se trouve dans la bande-annonce). Vin Diesel n'a rien perdu de sa verve machiste dont les « répliques » pleuvent toutes les millisecondes. La preuve lors d'un dialogue qui oppose notre tête brûlée à une conquête potentielle. « Et toi, tu préfères les filles ou ta voiture ? ». Réponse du caïd : « J'aime toutes les carrosseries ». Mouais...

Macho, musclé et bien véhiculé, Fast & Furious ne change pas ses habitudes. A fuir, sauf si vous vous retrouvez dans au moins une de ces trois catégories.


Jonathan Blanchet
(c) photographiques : Universal

mercredi 1 avril 2009

Monstres contre Aliens : la critique

C’est le grand jour pour Susan qui va épouser Derek, vedette d’une émission météo. C’est aussi le moment qu’a choisi une météorite pour s’écraser sur la Terre, à un cheveu de la jeune mariée. Les effets secondaires ne se font pas attendre. Devenue gigantesque, elle est capturée par une section spéciale de l’armée. Sa spécialité ? Conserver dans sa base secrète des « monstres » à l’abri des regards. Ceux là ne sont pas bien méchants, mais un peu frappés quand même. Susan n’a pas vraiment le temps de se poser des questions sur ses nouveaux amis, des extra-terrestres vont bientôt envahir les Etats-Unis (sic !). Le président n’a qu’une solution : envoyer la dream team de monstres à la rescousse !

D’abord truculent, Monstres contre Aliens revient aux fondamentaux des studios Dreamworks (les papas de Shrek). Les hommages et clins d’oeils plairont aux plus grands sans pénaliser le jeune public. Cette fois, ce sont les serials d’épouvante et les blockbusters qui sont passés à la moulinette. Mais passé les présentations, l’action monopolise l’écran. Un prétexte pour en mettre plein les mirettes. Après Disney et son Volt, c’est au tour de l’écurie adverse de penser son film pour la 3D. C’est la grande fierté du studio qui compte utiliser le procédé pour chacun de ses futurs long-métrages. Si votre salle accepte les précieuses lunettes, vous êtes vernis. Sinon, il faudra vous contenter d’une diffusion en technicolor. Mais rassurez-vous : le manège géant, ce n’est pas encore pour tout de suite. Pas de quoi sauter au plafond devant un monstre qui tente désespérément d’opérer une razzia sur vos pops corns. Après tout, ce n’est (que) du cinéma.

Quand les extra-terrestres attaquent pour la énième fois les Etats-Unis, c’est dans un film d’animation qui récupère habilement tous les clichés du genre. Malheureusement la mécanique s’essouffle au profit d’une action prétexte à utiliser la 3D.

Jonathan Blanchet
(c) photographiques : Dreamworks/Paramount
(Paru dans le Sortir n°826 du 1er avril 09)