dimanche 23 mai 2010

Cannes 2010 : Last day(s)

C’est l’heure de baisser le rideau pour le Festival de Cannes. Bilan de dix jours de compétitions : beaucoup de films, une sélection sans doute plus modeste que l’an dernier, des dizaines de rencontres, de crampes (puisqu’à Cannes, on attend beaucoup) et de fatigue aussi. L’heure pour ces milliers de festivaliers de réajuster leurs montres avant de replonger dans un quotidien plus pondéré.

Ce soir, donc, Charlotte Gainsbourg aura la tâche de remettre la Palme d’Or au film qui aura le plus marqué Tim Burton et son jury. Les prédispositions du cinéaste pour l’étrange et le fantastique vont-elles jouer dans le verdict ? Si tel est le cas, Tender Son, réécriture hongroise du Frankenstein de Mary Shelley ou l’oncle Boonmee du Thaïlandais Weerasethakul, plongée mystique dans l’existence d’un vieil homme malade, qui se remémore ses vies antérieures, tradition boudiste oblige pourraient séduire le cinéaste. Ce dernier regorge d’idées et de plans somptueux, mais l’ensemble des scènes manque de liant. S’il obtient la Palme, elle a des chances de rester élitiste.

Cette 63ème édition en aura pris pour son grade : aux inquiétudes climatiques, ce sont succédées l’annonce du désistement d’un réalisateur pour des problèmes de chevilles (Ridley Scott), un autre pour des problèmes « de type grec » (Jean-Luc Godard). La sélection, annoncée en escalier, jusqu’à l’annonce du film de Ken Loach (Route Irish) deux jours avant le début de la compétition a essuyé la fronde de nombreux observateurs. Des 19 films de la compétition officielle, il y aura eu de belles surprises (Another Year de Mike Leigh, une sélection française de grande qualité, de Matthieu Amalric à Rachid Bouchareb, qui signe, d’un point de vue cinématographique, un Hors la loi dont l’esthétique flirte avec le western et le film de gangsters, rythmé et bien filmé), des attentes comblées (Biutiful, Poetry) et de grands coups d’épée dans l’eau (La Nostra Vita, mélodrame forcée qui fleure bon le film de commande et Fair Game, parfait pour une soirée télé)… Pas d’effet Un prophète cette année donc. Il y avait de belles surprises du côté des sections parallèles, où certains films auraient les honneurs des marches rouges. Courez voir Les amours imaginaires, Sound of Noise, Rubber, Armadillo... à leur sortie !

samedi 22 mai 2010

Cannes 2010 : raisons et sentiments

Le 63ème Festival de Cannes touche bientôt à sa fin. De l’anonyme au réalisateur, en passant par le journaliste, ils font du Festival ce joyeux barnum. Mais ne viennent pas pour les mêmes raisons.

Mais au fait, pourquoi vient-on à Cannes ? Ce n’est pas anodin, les festivaliers, unis dans le cénacle du cinéma pendant dix jours se croisent mais vivent l’évènement différemment. A l’heure où la Croisette se vide doucement, ils sont les premiers arrivés et les derniers à partir. Eux, ce sont ces anonymes, toujours sur le pied de guerre, perchés sur leurs escabeaux, à attendre, depuis sept heures du matin la montée des marches du soir et les vedettes qui fouleront le tapis rouge parfois seulement à 20h. Force et ténacité qu’ont aussi Camille, Alain et beaucoup d’autres, qui attendent patiemment, pancarte à la main, qu’une bonne âme leur cède une invitation pour assister à la projection du soir. Et certains rivalisent d’ingéniosité pour décrocher le précieux sésame : du « futur trader » en smoking insistant pour voir Wall Street : L’argent ne dort jamais et ainsi apprendre le métier.

Cannes, pour ces anonymes, ça sert d’abord à, « voir des films avant tout le monde », « monter les marches » et « voir des stars ». Côté pool photographes, en salle de presse du Festival, c’est la déception. Une mauvaise année. « Franchement, à part Michael Douglas, tu vois qui ? Naomi Watts ? Et encore… Cette année, on n’a vu que des anciens de télé réalité sur le tapis rouge ». Pour gagner sa croute, le photographe fait cette année des heures supp’ aux soirées pour apercevoir ceux et celles qui se déplaceront pour la vie nocturne autrement que pour le cinéma. Qu’on se rassure, la raison d’être du Festival déplace encore les foules. Pour beaucoup, Cannes, sert aussi à faire du business, prendre des contacts, vendre son scénario, au propre comme au figuré, parfois au culot comme Raphaël, scénariste et directeur d’une boîte de production niçoise, La dame verte, qui « accroche » le chroniqueur Eric Naulleau dans un couloir du palais des Festivals. « Vous vous souvenez de moi, on s’était vu l’an dernier ? Je vous avais parlé d’un scénario, j’ai écrit un rôle pour vous, je peux vous l’envoyer ? ». Beau joueur le journaliste donne ses contacts. Et c’est un de plus pour Raphaël, qui enchaîne les rendez-vous depuis le début de la semaine au Marché du Film. « On n’a presque pas pu voir de films, mais on se rattrape demain !».

Cannes, c’est aussi le moyen pour des distributeurs et exploitants « infiltrés » de dénicher la perle rare, mettre la mains sur un film qui bénéficie d’un bon buzz, où même les attachés de presse sont mis à contribution, comme chez Europa Corp, le studio de Luc Besson. Cannes s’est forgé un rayonnement international, qui pousse des professionnels à se rendre au Marché du Film, plaque tournante privilégiée pour les affaires, jusqu’aux journalistes internationaux, comme Patrick Mc Carney, venu de Los Angeles pour rendre compte, pour la première fois, du Festival à son journal. Pourquoi Cannes ? « Tout le monde dit que c’est le plus grand ». Et il n’est pas déçu, « même si on m’a dit que la sélection était meilleure l’année dernière ». D’autres voient dans les déceptions de la sélection, un tournant pour le Festival, trop « starisé ». Il faut, écrit le quotidien Le Monde, « revenir au cinéma ». C’est aussi ça Cannes, faire le jeu des pronostics, de rumeurs aussi vaines que folles… jusqu’à l’année prochaine !

Jonathan Blanchet

mercredi 19 mai 2010

Etudiant et sélectionné à Cannes

Benjamin Naishtat, étudiant au Fresnoy, à Tourcoing, près de Lille, fait partie des treize réalisateurs internationaux dont le film a été retenu à la Cinéfondation, section du Festival de Cannes créée par son président, Gilles Jacob.


Etudiant et sélectionné à Cannes

Les flashs crépitent salle Buñuel, au cinquième étage du Palais des Festivals de Cannes. Ce 19 mai a lieu l’ouverture de la Cinéfondation, section parallèle créée par Gilles Jacob, Président du Festival pour « promouvoir de nouvelles formes de cinéma » et donner leur chance à de jeunes réalisateurs du monde entier. L’évènement a des allures de remise de diplômes à l’américaine. Ils sont treize cette année et parmi les deux français dont les films ont été sélectionnés figure Benjamin Naishtat, étudiant au Fresnoy, à Tourcoing, près de Lille. Légèrement tendu, le jeune homme s’avance sur l’estrade, précise que « les silences des premières secondes sont voulues » et déjà les lumières s’éteignent. Son film, « El Juego », tourné dans son pays natal, l’Argentine, montre des groupes de gens déambulant dans la jungle, armés et fagotés comme des commandos. Une référence que le jeune homme a voulu « aux jeux de guerres, ces stages que l’on fait parfois dans les entreprises pour s’endurcir », le tout sur fond politique. Au premier visionnage, on pense à Predator, à Délivrance (influences que le réalisateur revendique d’ailleurs lui-même, ou à travers ses personnages). Passée la projection, il affiche une moue légère : « Il y a eu des problèmes de cadrage », mais les dés sont jetés, le film a été projeté au jury, présidé par Atom Egoyan (le réalisateur de Ararat ou Chloé) , les comédiennes Emmanuelle Devos et Dinara Droukarova , et les réalisateurs Carlos Diegues et Marc Recha . Le film primé sera quant à lui projeté à la fin de la quinzaine. Réactions à chaud après la projection.

C’est la première fois que vous venez à Cannes. Quel est votre parcours de réalisateur jusque là ?

J’ai mené des études de cinéma en Argentine et j’habite à Lille depuis un an, depuis que je suis rentré au Fresnoy, qui a produit mon film à 70%. On m’avait beaucoup parlé du Fresnoy que j’ai intégré pour faire ce film ; j’avais d’ailleurs présenté une version du scénario lors du concours d’entrée. Le tournage s’est achevé il y a juste trois mois. Un professeur, qui avait aimé une première version, l’avait soumise au Festival de Cannes. Quand j’ai appris qu’il avait été retenu en sélection, j’ai monté le film en dix heures !

Comment vous est venue l’idée du film ?

Je voulais faire un film qui parle de ces « jeux », ces stages pour vous endurcir qu’on propose parfois dans les entreprises. L’idée était de montrer la façon dont les uns dominent les autres, en y apposant ma vision politique de mon pays : il y a eu toute une série de coups d’Etat en Argentine, une telle violence dans les institutions. Je voulais faire ressortir cette idée, mais le film reste ouvert à l’interprétation des spectateurs.

Quelles sont vos influences en tant que réalisateur ?

Pour ce film, je me suis beaucoup inspiré de John Boorman, surtout de Délivrance, (où quatre jeunes se mesurent aux forces de la nature), des films de Michael Haneke (Palme d’Or l’an dernier avec Le ruban Blanc) dans sa façon d’étaler les dialogues, de laisser s’installer les tensions.

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

Ce ne sont pas des acteurs ! Ce sont tous des connaissances, des gens rencontrés par hasard. Je trouve beaucoup plus enrichissant de travailler avec quelqu’un dont ce n’est pas le métier. Pourquoi faire mentir un acteur alors que quelqu’un de spontané peut dire la vérité. Alors bien sûr, cela peut poser problème sur le tournage, on ne sait pas trop à quoi s’attendre sur le moment. C’est un défi, je dois m’adapter à leurs personnalités. Dans le film, l’unique scène où ils sont tous rassemblés, (un repas qui tourne au règlement de comptes politiques, NDLR) a mis deux jours pour être en boîte. Il a fallu attendre que tout le monde soit bien fatigué pour capter l’atmosphère que je voulais faire passer !

Et maintenant, après une première sélection à Cannes en plein cursus, quels sont vos projets ?

Cannes, c’était un rêve, même si c’est difficile de s’y faire des contacts. Dans le cadre du Fresnoy, j’aimerais réaliser un projet expérimental autour de fausses archives de la conquête de la Patagonie au XIXème siècle. Un projet de fiction aussi, on verra…

« El juego », film sélectionné à la Cinéfondation du Festival de Cannes, sera projeté dans le cadre du « Panorama », œuvre qui regroupe l’ensemble des étudiants du Fresnoy, le 4 juin prochain.