samedi 22 mai 2010

Cannes 2010 : raisons et sentiments

Le 63ème Festival de Cannes touche bientôt à sa fin. De l’anonyme au réalisateur, en passant par le journaliste, ils font du Festival ce joyeux barnum. Mais ne viennent pas pour les mêmes raisons.

Mais au fait, pourquoi vient-on à Cannes ? Ce n’est pas anodin, les festivaliers, unis dans le cénacle du cinéma pendant dix jours se croisent mais vivent l’évènement différemment. A l’heure où la Croisette se vide doucement, ils sont les premiers arrivés et les derniers à partir. Eux, ce sont ces anonymes, toujours sur le pied de guerre, perchés sur leurs escabeaux, à attendre, depuis sept heures du matin la montée des marches du soir et les vedettes qui fouleront le tapis rouge parfois seulement à 20h. Force et ténacité qu’ont aussi Camille, Alain et beaucoup d’autres, qui attendent patiemment, pancarte à la main, qu’une bonne âme leur cède une invitation pour assister à la projection du soir. Et certains rivalisent d’ingéniosité pour décrocher le précieux sésame : du « futur trader » en smoking insistant pour voir Wall Street : L’argent ne dort jamais et ainsi apprendre le métier.

Cannes, pour ces anonymes, ça sert d’abord à, « voir des films avant tout le monde », « monter les marches » et « voir des stars ». Côté pool photographes, en salle de presse du Festival, c’est la déception. Une mauvaise année. « Franchement, à part Michael Douglas, tu vois qui ? Naomi Watts ? Et encore… Cette année, on n’a vu que des anciens de télé réalité sur le tapis rouge ». Pour gagner sa croute, le photographe fait cette année des heures supp’ aux soirées pour apercevoir ceux et celles qui se déplaceront pour la vie nocturne autrement que pour le cinéma. Qu’on se rassure, la raison d’être du Festival déplace encore les foules. Pour beaucoup, Cannes, sert aussi à faire du business, prendre des contacts, vendre son scénario, au propre comme au figuré, parfois au culot comme Raphaël, scénariste et directeur d’une boîte de production niçoise, La dame verte, qui « accroche » le chroniqueur Eric Naulleau dans un couloir du palais des Festivals. « Vous vous souvenez de moi, on s’était vu l’an dernier ? Je vous avais parlé d’un scénario, j’ai écrit un rôle pour vous, je peux vous l’envoyer ? ». Beau joueur le journaliste donne ses contacts. Et c’est un de plus pour Raphaël, qui enchaîne les rendez-vous depuis le début de la semaine au Marché du Film. « On n’a presque pas pu voir de films, mais on se rattrape demain !».

Cannes, c’est aussi le moyen pour des distributeurs et exploitants « infiltrés » de dénicher la perle rare, mettre la mains sur un film qui bénéficie d’un bon buzz, où même les attachés de presse sont mis à contribution, comme chez Europa Corp, le studio de Luc Besson. Cannes s’est forgé un rayonnement international, qui pousse des professionnels à se rendre au Marché du Film, plaque tournante privilégiée pour les affaires, jusqu’aux journalistes internationaux, comme Patrick Mc Carney, venu de Los Angeles pour rendre compte, pour la première fois, du Festival à son journal. Pourquoi Cannes ? « Tout le monde dit que c’est le plus grand ». Et il n’est pas déçu, « même si on m’a dit que la sélection était meilleure l’année dernière ». D’autres voient dans les déceptions de la sélection, un tournant pour le Festival, trop « starisé ». Il faut, écrit le quotidien Le Monde, « revenir au cinéma ». C’est aussi ça Cannes, faire le jeu des pronostics, de rumeurs aussi vaines que folles… jusqu’à l’année prochaine !

Jonathan Blanchet

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