mercredi 19 mai 2010

Etudiant et sélectionné à Cannes

Benjamin Naishtat, étudiant au Fresnoy, à Tourcoing, près de Lille, fait partie des treize réalisateurs internationaux dont le film a été retenu à la Cinéfondation, section du Festival de Cannes créée par son président, Gilles Jacob.


Etudiant et sélectionné à Cannes

Les flashs crépitent salle Buñuel, au cinquième étage du Palais des Festivals de Cannes. Ce 19 mai a lieu l’ouverture de la Cinéfondation, section parallèle créée par Gilles Jacob, Président du Festival pour « promouvoir de nouvelles formes de cinéma » et donner leur chance à de jeunes réalisateurs du monde entier. L’évènement a des allures de remise de diplômes à l’américaine. Ils sont treize cette année et parmi les deux français dont les films ont été sélectionnés figure Benjamin Naishtat, étudiant au Fresnoy, à Tourcoing, près de Lille. Légèrement tendu, le jeune homme s’avance sur l’estrade, précise que « les silences des premières secondes sont voulues » et déjà les lumières s’éteignent. Son film, « El Juego », tourné dans son pays natal, l’Argentine, montre des groupes de gens déambulant dans la jungle, armés et fagotés comme des commandos. Une référence que le jeune homme a voulu « aux jeux de guerres, ces stages que l’on fait parfois dans les entreprises pour s’endurcir », le tout sur fond politique. Au premier visionnage, on pense à Predator, à Délivrance (influences que le réalisateur revendique d’ailleurs lui-même, ou à travers ses personnages). Passée la projection, il affiche une moue légère : « Il y a eu des problèmes de cadrage », mais les dés sont jetés, le film a été projeté au jury, présidé par Atom Egoyan (le réalisateur de Ararat ou Chloé) , les comédiennes Emmanuelle Devos et Dinara Droukarova , et les réalisateurs Carlos Diegues et Marc Recha . Le film primé sera quant à lui projeté à la fin de la quinzaine. Réactions à chaud après la projection.

C’est la première fois que vous venez à Cannes. Quel est votre parcours de réalisateur jusque là ?

J’ai mené des études de cinéma en Argentine et j’habite à Lille depuis un an, depuis que je suis rentré au Fresnoy, qui a produit mon film à 70%. On m’avait beaucoup parlé du Fresnoy que j’ai intégré pour faire ce film ; j’avais d’ailleurs présenté une version du scénario lors du concours d’entrée. Le tournage s’est achevé il y a juste trois mois. Un professeur, qui avait aimé une première version, l’avait soumise au Festival de Cannes. Quand j’ai appris qu’il avait été retenu en sélection, j’ai monté le film en dix heures !

Comment vous est venue l’idée du film ?

Je voulais faire un film qui parle de ces « jeux », ces stages pour vous endurcir qu’on propose parfois dans les entreprises. L’idée était de montrer la façon dont les uns dominent les autres, en y apposant ma vision politique de mon pays : il y a eu toute une série de coups d’Etat en Argentine, une telle violence dans les institutions. Je voulais faire ressortir cette idée, mais le film reste ouvert à l’interprétation des spectateurs.

Quelles sont vos influences en tant que réalisateur ?

Pour ce film, je me suis beaucoup inspiré de John Boorman, surtout de Délivrance, (où quatre jeunes se mesurent aux forces de la nature), des films de Michael Haneke (Palme d’Or l’an dernier avec Le ruban Blanc) dans sa façon d’étaler les dialogues, de laisser s’installer les tensions.

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

Ce ne sont pas des acteurs ! Ce sont tous des connaissances, des gens rencontrés par hasard. Je trouve beaucoup plus enrichissant de travailler avec quelqu’un dont ce n’est pas le métier. Pourquoi faire mentir un acteur alors que quelqu’un de spontané peut dire la vérité. Alors bien sûr, cela peut poser problème sur le tournage, on ne sait pas trop à quoi s’attendre sur le moment. C’est un défi, je dois m’adapter à leurs personnalités. Dans le film, l’unique scène où ils sont tous rassemblés, (un repas qui tourne au règlement de comptes politiques, NDLR) a mis deux jours pour être en boîte. Il a fallu attendre que tout le monde soit bien fatigué pour capter l’atmosphère que je voulais faire passer !

Et maintenant, après une première sélection à Cannes en plein cursus, quels sont vos projets ?

Cannes, c’était un rêve, même si c’est difficile de s’y faire des contacts. Dans le cadre du Fresnoy, j’aimerais réaliser un projet expérimental autour de fausses archives de la conquête de la Patagonie au XIXème siècle. Un projet de fiction aussi, on verra…

« El juego », film sélectionné à la Cinéfondation du Festival de Cannes, sera projeté dans le cadre du « Panorama », œuvre qui regroupe l’ensemble des étudiants du Fresnoy, le 4 juin prochain.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire