mercredi 27 mai 2009

Looking for Eric : la critique

Ce n'est pas la première fois qu'un footballeur investit le terrain du cinéma. Il y eut Ginola, plus récemment Zidane et son fameux « portrait du 21ème siècle » filmé par une nuée de caméras... L'an dernier, déjà présenté à Cannes, Maradona foulait le tapis rouge pour le film de Kusturica. Mais cette fois, le héros du film n’est pas celui qu’on croit. Le Eric du titre, c’est bien sûr Eric Cantona, footballeur. Mais c'est aussi Eric Bishop, père de famille divorcé qui élève seul ses deux fils . Il se morfond dans son quotidien de postier. A moins qu’il ne retrouve le frisson des victoires de son idole, Eric Cantona. Se remémorant les succès du « King Eric » et tirant un peu trop sur les pétards de son fils, il s’imagine reprendre goût à la vie avec lui.


La force du film de Ken Loach, moins politique que dans ses précédents films, c'est cet intérêt pour le parcours d'un postier de banlieue, au bout du rouleau qui se rêve dans les succès de son idole. Il évite ainsi de tomber dans la biographie à la brosse à reluire. Et il y a Cantona, qui apparaît comme un sauveur, au bon moment et qui sait s'effacer à temps. Il s’oublie dans la deuxième partie du film, même si son nom n'est jamais loin. Et joue admirablement la carte de l’autodérision. Les amateurs retrouveront avec plaisir les fameux aphorismes qui forgèrent l'image du footballeur au sang chaud... Et même quelques trouvailles du réalisateur anglais. « Celui qui anticipe tous les dangers ne prendra jamais la mer » déclame Cantona dans un élan inspiré. Looking for Eric, une catharsis pour Eric le postier, la renaissance d’Eric le footballeur, devenu acteur. Après tout, n'est-il pas un homme mais Cantona ? Une palme manquée pour Ken Loach et son acteur, formidable Steve Evets.



Jonathan Blanchet / Sortir

mercredi 20 mai 2009

Vengeance : la critique

Le rocker préféré des français métamorphosé en tueur à gages devant la caméra d’un célèbre cinéaste hongkongais ? Pourquoi pas se dit-on à l’ouverture de la projection. Le chanteur, que l’on n’avait pas vu au cinéma depuis Jean-Philippe, campe un cuisinier reconverti en tueur après le meurtre de sa famille. Flanqué d’un trio de tueurs chinois qu’il a engagé pour retrouver les coupables, il sème les balles et les corps derrière lui jusqu’à atteindre l’homme qui a commandité l’assassinat. Mais Costello a une faille : une balle logée dans son crâne avance inexorablement et menace à chaque instant de lui faire perdre la mémoire…


Du sang, de la poudre et des duels mano a mano au soleil couchant. Voilà la marque du cinéma de Johnnie To qu’il transcende dans Vengeance. Voulu comme un libre remake du Samouraï de Jean-Pierre Melville, To a fait de son film un véritable western des temps modernes. Ca flingue en pleine éclipse de lune, les vautours survolent un champ de bataille encore fumant, les bottes de foin roulant dans la poussière sont remplacées par des blocs de déchets, derrière lesquels se planquent les assaillants dans une scène apocalyptique... Mais il y a un hic qui fait désordre : le défaut majeur du film c’est l’interprète, censé le porter par son charisme. Johnny, figé dans l’ambre d’une pose photographique, le regard acéré débite des syllabes au compte goutte et sans conviction. Conséquence, les répliques se veulent déjà cultes mais tombent à plat. Dommage, le film ne manquait pas de bonnes idées.

Entre deux eaux, Vengeance est sauvé du naufrage par la mise en scène picturale de Johnnie To, mais plombé par les expressions minérales de Johnny.
Jonathan Blanchet / Sortir

mercredi 6 mai 2009

Star Trek : la critique

Lost in space

Star Trek
Film américain de J.J Abrams avec Chris Pine, Zachary Quinto, Eric Bana Durée 2h08

Au cours d'une mission, l'un des fleurons de la Starfleet est détruit par un vaisseau inconnu, l'équipage ne devant sa survie qu'au sang-froid de son capitaine. Vingt ans plus tard, James Tiberius Kirk, fils de ce dernier écume les bars de la Terre... jusqu'à ce qu'il finisse par intégrer à son tour la Starfleet. À l'issue de sa formation, il se frotte à un certain Spock, un officier mi-homme, mi-vulcain, qui ne tolère guère les insubordinations du jeune homme. Les deux devront pourtant mettre de côté leurs différences et s'unir contre une menace imminente : un vaisseau hostile, coupable de la destruction de nombreux appareils de la Starfleet.


C'est en substance le message de la franchise Star Trek, moins connue en France que sa rivale Star Wars. Et pourtant. La série, créée en 1966 ne compte plus ses dérivés et vient de passer la barre des onze adaptations cinéma. Aux commandes du joujou sur grand écran, J.J Abrams, nabab de la fiction TV en créateur respecté des séries Lost ou Alias. Peu avant le tournage, il avait confessé n'avoir jamais été un grand admirateur de Star Trek. C'est donc à un vaste space opera à la Star Wars qu'il fallait s'attendre. Seulement Star Trek onzième du nom donc, ne tient pas la comparaison. C'est beau, certes, mais prévisible. Visuellement, la mise en scène ne permet pas de retrouver le frisson d'une bataille spatiale sous tension : la caméra agitée d'Abrams ne suffit pas à transporter le spectateur. Le salut, s'il en est, vient de l'histoire. Une pirouette scénaristique plus loin, Abrams réussit à inscrire son film dans la continuité des précédents. Voilà qui risque de faire débat dans la communauté des trekkies (comme se surnomment les fans de la série) mais qui ne décrédibilise pas le film pour autant. Bien moins en tout cas bqu’un humour potache en décalage avec l’univers. On peut avoir de grandes oreilles et rester sérieux.

Jonathan Blanchet

Originale, l’intrigue de ce nouveau Star Trek devrait contenter les fans et peut-être même quelques néophytes. Mais la caméra d’Abrams semble bien perdue dans l’immensité de la galaxie.

Paru dans Sortir n°830 du 6 mai 2009